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Lundi 20 août 2007
Voici la traduction de la première partie de la vidéo suivante (http://video.google.com/videoplay?docid=-1993368502337678412), qui est en fait une conférence d'une femme qui s'appelle Jean Kilbourne. Cette conférence concerne l'image de la femme dans la publicité, et l'influence que la publicité a sur la façon dont nous nous percevons. La traduction de la seconde partie est à venir. Comme le document est à la base une vidéo et que l'argumentation s'appuie sur des images, j'ai dû faire quelques découpages dans le texte , mais l'important est conservé. Bonne lecture!



Killing us Softly : L’image de la femme dans la publicité
 
 
Il y a de nombreuses années j’ai vu une publicité qui a changé ma vie. A cette époque mon travail consistait à mettre des publicités dans une revue médicale, et l’une d’entre elles concernait une pilule contraceptive du nom d’Ovulen 21, et disait « Ovulen 21 fonctionne comme pensent les femmes, en jours de la semaine, et pas en jours du cycle ». Et cette femme souriante comme vous pouvez le voir a des cases dans la tête, et chaque case représente un jour de la semaine. Le lundi est le jour de la lessive, mardi le jour du repassage… Ceci date d’il y a longtemps, mais je savais que quelque chose n’allait pas dans cette pub. Je ne pouvais pas dire ce que c’était exactement mais je savais que quelque chose n’allait pas. Je l’ai emportée chez moi et je l’ai affichée sur le réfrigérateur. Puis j’ai commencé à rassembler  d’autres pubs et je les collais également sur le réfrigérateur, j’avais donc bientôt là un collage de pubs. Les amis qui venaient chez moi me demandaient « c’est quoi ça ? » et je répondais « pouvez-vous me le dire ? ». Et nous avons commencé à regarder ces images. J’ai commencé à voir un schéma dans ces photographies, une sorte de déclaration de ce que signifie être une femme dans cette culture. Mais je me suis beaucoup intéressée au sujet de la beauté et de l’image, à quel point cela donne du pouvoir aux jeunes femmes mais également à quel point cela est de courte durée et peu satisfaisant en fin de compte. Et j’ai continué à rassembler des publicités. En 1979 j’ai fait mon premier film, Killing us softly, qui se regarde encore à travers le monde. En 1987, j’ai refait ce film : Still Killing us softly.
 Nous voilà maintenant au début de ce nouveau millénaire. Je veux me pencher sur ce que j’ai dit dans les films précédents et voir ce qui a changé, et ce qui est resté pareil. Dans la première version de Killing us softly j’ai dit que je vous demanderais quelque chose qui n’a jamais été demandé auparavant, c'est-à-dire de prendre la publicité au sérieux. A notre époque nous prenons bien la publicité plus au sérieux. La publicité a augmenté de 20 milliards de dollars par an (1979) à 180 milliards de dollars par an (1999). L’Américain moyen est exposé à 3000 publicités chaque jour et passera 3 ans de sa vie à regarder des publicités à la télévision, seulement les publicités. Comme vous le savez, les publicités sont partout, à la radio, à la télévision, dans les journaux, les magazines, les panneaux d’affichage, les autocollants pour voiture. Une compagnie se glorifie de sa capacité de mettre des publicités « dans votre figure, partout » (in your face, all over the place!). Et en même temps tout le monde aux Etats-Unis se sent personnellement exempt de l’influence de la publicité. Où que j’aille, la chose que j’entends le plus est « je ne prête pas attention aux publicités, je fais la sourde oreille, elles n’ont pas d’effet sur moi. Le plus souvent j’entends cela de personnes qui portent des T-shirts Gap, mais cela une autre histoire. Il est assurément vrai, et plus vrai que jamais que la publicité est le fondement des mass-médias. Le but premier des mass-médias est de vendre des produits. La publicité vend des produits bien sûr mais elle vend également beaucoup plus que des produits. Elle vend des valeurs, elle vend des images, elle vend des concepts d’amour et de sexualité, de romance, de succès, et peut-être le plus important, de normalité. Dans une certaine mesure, la publicité nous dit qui nous sommes et qui nous devrions être.
Que nous dit la publicité sur les femmes aujourd’hui ? Elle nous dit, tout comme il y a 10, 20 et 30 ans que ce qu’il y a de plus important chez les femmes est leur apparence. La première chose que les publicitaires font est de nous entourer de l’image de l’idéal de la beauté féminine. Nous apprenons donc à quel point il est important pour une femme d’être belle, et ce que cela demande exactement. Les femmes apprennent très jeunes qu’elles doivent utiliser beaucoup de temps, d’énergie et par-dessus tout, d’argent, à s’efforcer d’atteindre cet idéal et ressentir honte et culpabilité quand elles échouent. Et l’échec est inévitable, car l’idéal est basé sur la perfection absolue. Elle n’a jamais de rides, elle n’a sans aucun doute aucune cicatrice, aucune imperfection. En effet, elle n’a pas de pores! En tout cas cette image idéale est devenue d’une perfection impossible à atteindre ces dernières années grâce à la magie du retouchage par ordinateur. Les ordinateurs peuvent faire beaucoup de choses. Pour les débutants, ils peuvent retoucher une photographie pour la rendre parfaite. Selon cette couverture de magazine, Michelle Pfeiffer n’a besoin d’absolument rien. Eh bien pas vraiment, selon la note de la compagnie de retouchage, qui décrit tout le travail qui a dû être fait pour la rendre acceptable pour cette couverture comme : nettoyer le teint, adoucir les rides aux coins des yeux, couper le menton, enlever les rides du cou. En plus de retoucher des photos de vraies femmes, les ordinateurs peuvent créer des femmes qui n’existent pas. Une couverture de Mirabella a fait figurer des parties de plusieurs femmes. Les lèvres d’une femme, les yeux d’une autre, le nez d’une autre encore, combinés pour former le visage parfait. Récemment une compagnie de graphisme informatique a présenté un mannequin entièrement crée par ordinateur. Pas une image fixe, mais une image mobile qui ressemble à une vraie personne. Bientôt nous n’aurons plus du tout besoin de mannequins. Et l’image idéale sera plus impossible que jamais. Cela n’aurait pas autant d’importance si ce n’était pas relié à la croyance au cœur de la culture américaine en la possibilité d’une telle transformation. Que nous pouvons ressembler à cela si nous faisons suffisamment d’efforts et achetons les bons produits. Si nous ne sommes pas belles, ou minces, ou riches ou si nous ne réussissons pas notre carrière, c’est juste parce que nous ne faisons pas suffisamment d’efforts. Et les recherches montrent clairement que cette image idéale affecte bien l’estime de soi des femmes et influencent la façon dont les hommes perçoivent les vraies femmes avec qui ils sont. Et le corps des femmes est encore, peut-être plus que jamais transformé en objets, en choses. Et bien sûr cela a des conséquences très sérieuses. Tout d’abord cela crée un climat dans lequel la violence envers les femmes est répandue et toujours accrue. Ici elle est devenue une bouteille d’alcool, avec le label imprimé sur le ventre. Je ne suis pas du tout en train de dire qu’une publicité comme celle-ci cause de la violence, ce n’est pas aussi simple. Mais cela fait partie d’un climat culturel, dans lequel les femmes sont considérées comme des objets. Et changer un être humain en un objet est presque toujours la première étape vers la justification de la violence à l’encontre de cette personne. Nous voyons cela avec le racisme, nous voyons cela avec l’homophobie, c’est toujours le même processus. Nous pensons que la personne est moins qu’un être humain et la violence devient inévitable. Et cette étape est déjà franchie en ce qui concerne les femmes. La violence, l’abus est donc en partie le résultat refroidissant mais logique de ce type de déshumanisation. Ceci est un problème pour toutes les femmes bien sûr, mais surtout pour les femmes de couleur, qui sont souvent littéralement montrées comme des animaux, habillées de peaux de léopard, d’empreintes d’animaux. Encore et toujours, le vrai message est «pas entièrement humain».
Il y a dix ans même les publicitaires ont reconnu cela, dans un éditorial mis dans Advertizing Age , leur majeure publication :
 
« Il est plus que temps que le sexisme soit éliminé des publicités pour la bière; que les brasseurs et leurs agences se réveillent et rejoignent le reste des Etats-Unis pour se rendre compte que le sexisme, le harcèlement sexuel, et la représentation culturelle de la femme dans la publicité sont inextricablement liés. »
 
Ici les publicitaires disent « oui nous vendons plus que des produits, oui les images affectent la réalité de nos vies, comment le contraire serait-il possible ? ».
 
Le corps des femmes continue à être démembré dans la publicité. A maintes reprises, une seule partie du corps est utilisée pour vendre des produits, ce qui est bien sûr la chose la plus déshumanisante que l’on puisse faire à quelqu’un. Non seulement elle est une chose, mais on ne se concentre que sur une seule partie de cette chose. La plupart du temps le centre d’attention est les seins car nous sommes dans une société obsédée par les seins. Et les seins sont utilisés pour vendre absolument tout.  On dit constamment aux femmes qu’elles doivent changer leur vie en augmentant le volume de leurs seins, et l’enjeu est considérable. « Votre mari aimerait-il que vous ayez une plus grosse poitrine ? » Si c’est le cas, l’insinuation est très claire : « vous ferez mieux de changer votre corps » _ par opposition à « changer votre mari ». Il y a 20 ans on nous disait d’utiliser des crèmes et des développeurs de poitrine qui était bien sûr complètement inefficaces. Dans des publicités comme celle-ci « : « je voulais vraiment une poitrine plus volumineuse pour l’été ».. Et ensuite on nous disait de porter des soutiens-gorge galbants. Mais de nos jours nous sommes sensées avoir recours à la chirurgie, aux implants mammaires : " La décision la plus importante que j’ai prise fut de choisir mon époux. La seconde, mon spécialiste de chirurgie esthétique". La plupart des femmes qui ont un implant mammaire perdent les sensations dans leur poitrine. Leur poitrine devient donc l’objet de plaisir de quelqu’un d’autre, et ne leur apporte plus de plaisir. La femme passe du sujet à l’objet. Et pourtant nous apprenons toutes très tôt que nos seins ne sont jamais bien comme ils sont.  « Vos seins peuvent être trop gros, trop tombants, trop plats, trop charnus, trop éloignés, trop rapprochés, trop bonnet A, trop de travers, trop pales, trop rembourrés, trop pointus, trop pendants, ou seulement deux piqûres de moustique. Mais avec les produits Dep, au moins vous pouvez avoir les cheveux que vous souhaitez".
Imaginez maintenant que vous êtes une petite fille qui voit une publicité comme celle-ci. Le message dit clairement que votre poitrine ne sera jamais comme il faut. Et les recherches montrent que l’estime de soi des filles dégringole quand elles atteignent l’adolescence. Cela n’arrive pas aux garçons mais cela arrive aux filles. Les filles ont tendance à être en accord avec elles-mêmes quand elles ont 8-9-10 ans mais quand elles atteignent l’adolescence elles se cognent dans un mur. Sans doute une partie de ce mur est-elle faite de l’importance accordée à la perfection physique. Le corps des hommes sont rarement démembrés dans la publicité. Plus qu’avant. Mais cette publicité était si choquante qu’elle a été diffusée dans tous les Etats-Unis. […] . Ce que ces publicités nous montrent clairement c’est que les femmes et les hommes vivent dans deux mondes très différents. Les hommes ne vivent pas dans un monde dans lequel leur corps est constamment examiné, critiqué et jugé, les femmes oui. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de stéréotypes qui font du tort aux hommes. Il y a plein de stéréotypes qui font du tort aux hommes, mais ils ont tendance à être moins intimes, moins reliés au corps. Tout est probablement résumé dans ce classique: « Un carat ou plus. Quand la réussite d’un homme devient la bonne fortune d’une femme », l’idée que les femmes ne sont que des aventurières. Ou comme cette publicité Wilson qui met en scène ce vieil homme et une jeune mariée : « Elle veut mon argent. Je m’en fiche ». Les stéréotypes nous nuisent , ils nuisent aux hommes, ils nuisent aux femmes et ils créent également de très mauvaises relations. Mais ils sont différents. Pour les femmes, ce qui importe le plus est notre apparence, peu importe ce que nous faisons d’autre. « Il vous a dit que la première chose qu’il a remarquée chez vous est votre personnalité. Il a menti ». Le message que les filles reçoivent très trop est que ce ne sera jamais « votre personnalité » qui sera le plus important. Et une anatomie que seulement 5% des américaines ont est la seule que nous voyons comme désirable ou acceptable. Cela est génétique. Un régime ne vous fera pas obtenir ce corps. Pas longtemps en tout cas. Pas plus que vous ne pouvez vous faire plus grande. Ces top-modèles sont très grandes, génétiquement minces, bien qu’elles s’affament souvent quand même, larges épaules, hanches étroites, longues jambes, et souvent petite poitrine. Quand les top-modèles ont de gros seins, c’est presque toujours parce qu’elles ont eu recours à la chirurgie. Ceci est une anatomie qui n’existe pas. Mais encore une fois, c’est la seule que nous voyons. Il n’est donc pas étonnant de constater ce terrible stress chez les femmes et les filles. The Bodyshop  a très bien fait cette remarque avec cette publicité récente : « Il y a 3 milliards de femmes qui ne ressemblent pas à des top-modèles, et seulement huit qui y ressemblent ». Et cela est proche de la vérité. On nous dit que les femmes ne sont acceptables que si elles sont jeunes, minces, blanches, belles, soigneusement pomponnées et vernies, et toute déviation de cet idéal rencontre beaucoup de mépris et d’hostilité. « Vous ne pensiez pas que vous aussi vous perdriez votre beauté » Regardez le réel mépris pour cette femme qui est montrée comme sans aucune valeur maintenant. Aujourd’hui le plus grand mépris est pour les femmes qu’on considère avoir le moindre surpoids, comme dans ce classique : « je ne me serais jamais mariée si je n’avais pas perdu 25 kilos ». Le message que les filles reçoivent dans notre culture aujourd’hui est le message dans cette publicité : « plus vous enlevez, plus vous rajoutez ». Quel message horrible. Ceci est une publicité de mode. Ils parlent de simplicité et de mode, mais la fille est également très mince. Ils parlent évidemment de filles qui restent très minces. Et en général, quand les filles atteignent l’adolescence, on leur dit qu’elles ne doivent pas avoir trop de pouvoir, elles ne doivent pas prendre trop de place : « bientôt vous deux prendrez moins de place », ne pas être trop imbues d’elles-mêmes, ne pas faire l’importante ». Il n’est pas étonnant qu’au moins une femme sur cinq aux Etats-Unis des troubles du comportement alimentaire, les plus communs étant l’anorexie et la boulimie. Et si vous définissez un trouble du comportement alimentaire comme toute attitude déséquilibrée envers la nourriture et l’appétit, alors le chiffre serait probablement plus près de 4 sur 5.
D’où vient cette image de la minceur, si ce n’est au moins en partie des images des médias qui nous entourent et qui nous disent que pour être acceptable, nous devons être douloureusement, anormalement minces?
par rosebud publié dans : société
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Vendredi 10 août 2007

 

Une chanson écrite par mon copain chantée par moi. Ca s'appelle Plain.

 



 

 

par rosebud
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Jeudi 14 juin 2007
Plusieurs choses m'ont incitée à reprendre du poids alors que j'étais anorexique:

La pression de l'entourage

Les remarques quotidiennes de ma famille et de mes camarades devenaient insupportables. Je voulais qu'on me voit comme quelqu'un de fort, résultat on ne voyait en moi qu'une malade. J'avais l'impression d'être totalement incomprise, et constamment je ressentais un sentiment d'échec. Les regards de pitié de mes profs ou des inconnus, qui au départ me faisaient plaisir parce qu'ils confirmaient le fait que j'étais maigre, m'irritaient à présent. Et j'étais constamment sous surveillance. Un jour ma mère m'a prise dans ses bras et j'ai senti qu'elle me tâtait les côtes pour voir si j'avais encore maigri.

La culpabilité

Je m'en voulais constamment pour mes habitudes d'anorexique et cela pour plusieurs raisons. Tout d'abord je voyais bien que mon comportement rendait la vie chez moi beaucoup plus difficile. Les repas étaient des moments de grande tension. Ma mère pleurait souvent ou se fâchait de me voir refuser les plats qu'elle avait préparés en espérant qu'ils ne m'effraieraient pas.
Ensuite je ne me sentais pas bien avec moi-même car je commençais à avoir l'impression que je n'allais nulle part, que je n'accomplissais rien. Je pouvais bien blâmer les filles superficielles qui passent leurs journées en pensées et conversations futiles, qui font attention à leur ligne, à leur apparence, leurs fringues... Je me disais soudain qu'à ma manière j'avais un comportement comparable. C'était quoi cette manie de me peser plusieurs fois tous les jours, de me toucher les os pour vérifier qu'ils sont bien saillants? Dans un sens je me sentais comme toutes les filles auxquelles je ne voulais pas ressembler à la base. Ma vie était aussi limitée que la leur, mon cerveau égalemnt focalisé sur une futilité. Ceci n'est plus mon avis aujourd'hui cependant. Bien que l'anorexie limite beaucoup la pensée, les anorexiques ne sont pas responsables de cela, et ne doivent pas culpabiliser. Il s'agît d'une maladie, les pensées que la maladie vous pousse à avoir n'ont rien à voir avec de la superficialité.

Pression/dépression

A toujours craindre les repas, prévoir ce que l'on va manger, ce que l'on ne va pas manger, dissimuler, mentir, etc... j'étais dans un état de tension très intense. Il ne se passait pas une seconde où je ne pensais pas à la nourriture, à mon poids. Je calculais le nombre de calories de ce que j'avais mangé ou de ce que j'allais manger. Si j'avais mangé cent grammes de tomates, je me disais: maintenant j'ai 40 calories à brûler. Je pensais que tout ce que j'avalais devait être consummé par l'activité physique sinon quoi je grossirais indéniablement. Je me disais alors: 40 calories doivent pouvoir se brûler au bout de10 minutes de marche rapide mais bon, pour avoir de la marge, au cas où, comptons 30 minutes. Et au final j'allais marcher une heure, puis enrevenant chez moi, j'astiquais le sol de ma chambre à genoux, dans le but d'être sûre d'avoir utilisé toute l'énergie que j'avais absorbée. Toujours cette peur irraisonnée de grossir. Cela est exténuant, insupportable. Je croyais devenir folle. Au début, penser à tout ça me rassurait, j'étais sûre d'avoir le contrôle, et puis je maigrissais et c'était assez grisant. Mais quand par la suite je me suis aperçue que les idées s'imposaient à moi désormais, je me suis dit qu'il il y avait un problème. "Alors c'est ça ma vie maintenant? Voilà dans quoi je me suis fourrée. Voilà le schéma dans lequel je me suis enfermée!" On voit vite les limites de ce mode de pensée. Si je me levais le matin, c'était pour maigrir. Comme si c'était devenu une fin en soi. C'était mon seul et unique objectif dans la vie. Le reste n'avait plus aucune importance. Je délaissais mes proches. Auparavant j'aimais écouter, jouer de la musique, regarder un film, passer une bonne soirée avec mon frère, je parlais, je riais. Je n'avais plus envie de tout ça. Ce n'était qu'une perte de temps. Et puis quand on arrête de faire toutes les choses qui nous plaisaient, on se met à avoir un certain recul face à elles. Après tout, pourquoi est-ce que je faisais ça?
Avec un corps, un cerveau dénutri et un tel mode de pensée, j'a vite ressenti un grand mal-être, une grande angoisse et une grande solitude. Je me souviens qu'il m'est souvent arrivé de fondre en larmes en plein cours tellement je me sentais assaillie par les pensées nihilistes, et une profonde tristesse. On m'a mise sous anti-dépresseurs: le Deroxat. Et je crois que ce médicament a été déterminant dans l'apparition de ma boulimie, mais après tout je n'en suis pas sûre à cent pour cent.


Je voulais également travailler pendant l'été. J'avais l'habitude de cueillir les courgettes de juillet à Septembre. Le médecin a dit clairement que je ne pouvais pas compter travailler dans les champs avec un poids de 35kg. Pas que je me sentais pas capable, j'avais l'impression de pouvoir travailler sans problème (alors que j'étais dispensée de sport à cause d'un IMC trop bas). Mais je me suis rendu compte que ma mère ne me laisserait jamais le faire. Or j'avais besoin d'un peu d'argent car on ne roulait vraiment pas sur l'or chez moi. J'étais au pied du mur en quelque sorte. La prise du poids me semblait imminente.



Mais jamais, jamais, je ne me suis dit qu'il fallait que je guérisse pour moi. Je m'y suis sentie OBLIGEE. Et je crois que cela n'est pas bon du tout. C'est cela qui a fait que je suis devenue boulimique (bnv)  par la suite. Je n'ai pas trouvé la force de me dire que je pouvais être bien. Je ne me suis pas dit "allez, c'est un nouveau départ" mais "voilà, les gens veulent que je grossisse, j'abandonne".


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par rosebud publié dans : mon parcours
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